Intégrer les cultures et l’élevage : une clé pour l’autonomie alimentaire durable
7 mars 2025
Pourquoi associer cultures et élevage ?
L’une des grandes faiblesses de l’agriculture actuelle réside dans sa fragmentation. Les exploitations spécialisées — grandes cultures d’un côté, élevages industriels de l’autre — dépendent souvent d’apports extérieurs coûteux en énergie, en engrais et en alimentation animale. À l’inverse, les systèmes intégrés combinant plantes et animaux favorisent l’autosuffisance et limitent les intrants extérieurs.
Mais ce n’est pas tout :
- Revalorisation des déchets : Les déjections animales deviennent un atout sous forme d’engrais naturel (fumier ou lisier), nourrissant les sols et enrichissant leur matière organique.
- Amélioration de la fertilité des sols : Les rotations avec des légumineuses pour le pâturage, par exemple, augmentent la disponibilité en azote pour les cultures suivantes.
- Diversification des revenus : En diversifiant votre système d’exploitation, vous ne dépendez pas d’une seule production, ce qui réduit les risques économiques en cas de mauvais rendement d’une culture ou d’épidémies chez les animaux.
François Léger, chercheur à l’INRAE, parle de « résilience systémique » : en réunissant cultures et élevage, on se donne les moyens de s’adapter plus facilement aux perturbations climatiques ou économiques.
Les bases d’un système intégré cultures-élevage
Pour développer un système intégré, plusieurs éléments clés doivent être pris en compte. Chez moi, en Dordogne, l’objectif est de combiner harmonieusement chaque élément du système pour maximiser les bénéfices mutuels.
1. Choisir les associations adaptées à votre terroir
Chaque ferme est unique, et les combinaisons gagnantes dépendront de vos spécificités locales : climat, structure du sol, ressources disponibles.
- En bordure de mes parcelles de blés anciens, j’ai implanté des bandes arbustives d’acacias et d’argousiers. Ces plantes fixes de l’azote contribuent à leur tour au pâturage pour mes moutons.
- Les vaches pâturent dans un système de rotation adapté, ce qui évite le surpâturage et donne le temps aux sols de se régénérer.
Les arbres, souvent négligés dans les schémas traditionnels, apportent une valeur ajoutée importante. Ils offrent de l’ombre aux animaux, capturent le carbone et favorisent la biodiversité en accueillant pollinisateurs et auxiliaires de culture.
2. Miser sur les synergies animales et végétales
Dans un système agroforestier comme le mien, les synergies entre végétaux et animaux se retrouvent à plusieurs niveaux :
- Réduction des adventices : Les volailles débarrassent les cultures des herbes indésirables tout en apportant des nutriments via leurs fientes.
- Amélioration de la qualité des fourrages : Les feuilles et les fruits de certains arbres comme les mûriers ou les chênes deviennent des compléments alimentaires naturels.
- Contrôle des ravageurs : Les canards raffolent des limaces, évitant ainsi l’utilisation de pesticides chimiques.
Les animaux ne se contentent pas d’utiliser l’espace. Ils participent activement à renforcer la résilience du système, tout en réduisant vos coûts.
3. Optimiser les cycles d’énergie et de nutriments
Le concept clé est de penser en termes de cycles fermés : tout déchet produit dans la ferme doit trouver une utilité ailleurs. Chez moi, par exemple :
- Les déchets de culture, comme les fanes de légumineuses, sont transformés en litière animale.
- Le compost issu du fumier alimente ensuite les champs de céréales, fermant ainsi la boucle des nutriments.
Ces boucles permettent aussi de réduire la dépendance aux intrants coûteux et aux énergies fossiles, rendant tout le système plus autonome.
Exemples concrets d’intégration réussie
De nombreuses études montrent que l’intégration cultures-élevage est une méthode efficace et bénéfique :
- L’initiative Salers-Pâturage dans le Massif central a prouvé qu’associer fromage fermier et agriculture biologique réduit de 30 % les coûts énergétiques tout en améliorant la qualité des sols (source : INRAE).
- Le modèle montado au Portugal, alliant liège, pâturage et céréales sous les chênes verts, démontre qu’il est possible d’atteindre une forte productivité en maintenant une biodiversité exceptionnelle.

À titre personnel, l’un des plus grands défis rencontrés sur ma ferme fut la gestion du pâturage des moutons en bordure de mes vergers. Grâce à l’implantation de haies diversifiées, toutefois, j’ai constaté que les animaux respectaient naturellement les jeunes arbres, tout en profitant des ressources apportées par ces haies (baies, fourrage).
Freins et solutions pour les agriculteurs
Bien sûr, intégrer cultures et élevage nécessite un temps d’adaptation, quelques investissements initiaux et une bonne dose de planification. Parmi les obstacles souvent rencontrés :
- Le manque de formation : Beaucoup d’agriculteurs n’ont pas été formés à l’agriculture intégrée. Des formations spécifiques et des visites pédagogiques, comme celles que j’organise, peuvent répondre à ce besoin.
- Le temps nécessaire à l’adaptation : Changer un modèle d’exploitation prend du temps. Il est essentiel d’y aller progressivement, peut-être en commençant par un petit troupeau ou quelques parcelles test.
- Les coûts initiaux : La mise en place de clôtures mobiles ou de systèmes agroforestiers peut être coûteuse. Heureusement, des aides publiques comme celles de la PAC facilitent ces transitions.
Un modèle agricole pour demain
Intégrer cultures et élevage est bien plus qu’une simple volonté de réduire ses coûts ou d’améliorer ses rendements. Cela rétablit une harmonie entre les différentes composantes des exploitations, recrée des paysages vivants et offre aux agriculteurs une autonomie alimentaire durable. À travers mes expérimentations et les succès observés dans des fermes similaires à travers le monde, je suis convaincue que ce modèle peut apporter des réponses concrètes aux défis environnementaux et économiques actuels.
Et si vous aussi, vous franchissiez le cap ? Que vous gestionniez une ferme ou un petit jardin potager, observez cette même règle : dans la nature, il n’y a pas d’éléments isolés. Ce sont toujours les interactions qui font la force d’un système.
"Observer, comprendre, accompagner : c’est en suivant la nature qu’on trouvera les meilleures solutions."