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Transition agricole : passer des céréales aux légumineuses avec succès

1 avril 2025

Pourquoi intégrer des légumineuses ?

Si les légumineuses intéressent de plus en plus d’agriculteurs, c’est parce qu’elles offrent une combinaison rare de bénéfices agronomiques, économiques et environnementaux. Planter des légumineuses, c’est à la fois nourrir le sol, diversifier ses sources de revenus et faire un pas vers des pratiques agricoles plus durables.

Une production naturelle d’azote

Les légumineuses possèdent la particularité de fixer l’azote atmosphérique grâce à une symbiose avec des bactéries du genre Rhizobium. Cette propriété unique permet de réduire, voire d’éliminer, l’utilisation d’engrais azotés, responsables d’importantes émissions de gaz à effet de serre et de la pollution des eaux. Par exemple, intégrer des pois ou des lentilles dans une rotation peut générer jusqu’à 150 kg d’azote par hectare, restitués au sol pour les cultures suivantes (source : FAO).

Des cultures diversifiées pour des revenus stabilisés

La monoculture de céréales expose les exploitants à des fluctuations importantes des prix du marché et aux aléas climatiques. En intégrant des légumineuses, on réduit ces risques en diversifiant ses sources de revenus. De plus, ces cultures connaissent une demande croissante, notamment avec l’essor des régimes végétariens et végétaliens, dans lesquels elles jouent un rôle clé.

Une amélioration de la structure des sols

Les racines des légumineuses favorisent l’aération des sols et limitent les phénomènes de compaction. De plus, elles participent à l’enrichissement en matière organique et à une meilleure rétention de l’eau, essentielle face aux épisodes de sécheresse de plus en plus fréquents.

Étapes clés pour réussir sa transition

Opérer une transition vers les légumineuses nécessite de respecter certaines étapes importantes pour maximiser les bénéfices agronomiques tout en assurant une transition économique viable. Chaque ferme est unique, et une planification adaptée à chaque contexte est essentielle.

1. Diagnostiquer les sols et le climat

Avant toute chose, il est primordial de réaliser une analyse approfondie des sols et des conditions climatiques de votre exploitation. Par exemple :

  • Testez les niveaux de pH, car les légumineuses préfèrent des sols neutres à légèrement acides (pH autour de 6-7).
  • Observez la profondeur du sol et sa capacité de rétention d’eau, particulièrement pour des espèces comme la luzerne, qui ont un grand enracinement.
  • Évaluez les risques de gel ou de fortes chaleurs, qui peuvent affecter des légumineuses telles que le soja.

2. Choisir les bonnes espèces et variétés

Le choix des légumineuses doit être guidé par vos objectifs (améliorer la fertilité vs vocation commerciale) et vos contraintes environnementales :

  • Luzerne : idéale pour les sols profonds et bien drainés, souvent utilisée en fourrage.
  • Pois chiche : résistant à la sécheresse, parfait pour les zones méditerranéennes.
  • Trèfle : excellent en couvert végétal pour enrichir les sols et contrôler les adventices.
  • Haricots : cultures à forte valeur ajoutée, mais nécessitant un bon contrôle des maladies.

3. Planifier des rotations adaptées

Les légumineuses s’intègrent particulièrement bien dans une rotation culturale. Par exemple :

  1. Après une céréale comme le blé ou l’orge, où elles profitent des résidus de culture tout en enrichissant le sol pour une future culture exigeante (maïs ou tournesol).
  2. Elles permettent également de réduire les phénomènes de fatigue des sols, en alternant sources de nutriments et systèmes racinaires complémentaires.

4. Penser aux couverts végétaux

Les légumineuses ne se limitent pas à des cultures de rente : elles peuvent aussi constituer d’excellents couverts végétaux. Intégrer des mélanges incluant des trèfles ou des vesces permet de protéger les sols durant l’hiver tout en travaillant activement à leur enrichissement.

5. Adapter les pratiques de semis et d’entretien

Les détails opérationnels (préparation du sol, densité de semis) font souvent la différence :

  • Bien inoculer les graines avec les rhizobiums adaptés si le sol en est dépourvu.
  • Privilégier un semis direct ou simplifié pour économiser du carburant et limiter l’érosion.
  • Limiter les herbicides pour préserver la vie microbienne, au bénéfice de la symbiose.

Exemple concret : l’intégration de légumineuses dans une rotation blé-maïs

Un agriculteur que j’ai accompagné en Charente cherchait à améliorer la fertilité de ses sols dans une rotation classique blé-maïs. Nous avons introduit du pois protéagineux après le blé :

  • Résultat agronomique : boost de l’azote disponible pour le maïs, avec une réduction des apports d’engrais de 40 % dès la première année.
  • Bénéfice économique : une nouvelle entrée grâce à la vente des pois, sans perte de rendement global dans la rotation.
  • Bénéfice écologique : meilleure couverture du sol, réduction notable de l’érosion entre deux récoltes majeures.

Les défis à anticiper

Bien que leur potentiel soit immense, les légumineuses ne sont pas exemptes de défis :

  • Pression des ravageurs : charançon des pois ou pucerons peuvent affecter gravement certaines récoltes.
  • Gestion des maladies : comme l’anthracnose sur les lentilles, nécessitant une attention particulière sur la rotation.
  • Prix de marché : les légumineuses exportées (soja, pois chiche) peuvent connaître des variations fortes de prix.

Vers une agriculture plus résiliente grâce aux légumineuses

Opérer une transition des céréales vers les légumineuses, c’est bien plus qu’un changement technique : c’est une démarche stratégique qui participe à rendre notre agriculture plus résiliente face aux enjeux actuels. Diversification, fertilité des sols, réduction des intrants chimiques… Les avantages sont nombreux et ne demandent qu’à être concrétisés par une planification rigoureuse.

En tant que praticienne expérimentée, je suis convaincue que chaque exploitation peut trouver des solutions adaptées. Sur ma ferme, chaque parcelle est une expérimentation et chaque saison une opportunité d’apprendre. Ensemble, en observant la nature et en intégrant son fonctionnement, nous pouvons transformer nos paysages agricoles pour un avenir durable et fertile.

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