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Le semis direct sous couvert : une clé pour une agriculture plus résiliente

24 mars 2025

Qu’est-ce que le semis direct sous couvert végétal ?

Le semis direct sous couvert consiste à semer directement une culture dans un sol couvert, sans avoir recours au labour ou à un travail intensif du sol. Le couvert peut être vivant (comme des plantes de couverture semées exprès) ou mort (des résidus de récolte, par exemple). L’objectif est de protéger le sol en permanence, en réduisant l’érosion, en stimulant la biodiversité et en optimisant les interactions biologiques naturelles.

Cette pratique repose sur trois grands piliers :

  • Réduction ou absence totale de labour : le sol n’est plus retourné, évitant ainsi de briser les réseaux de micro-organismes essentiels.
  • Couvert végétal permanent : il agit comme un bouclier, limitant l’évaporation, les chocs thermiques et l’érosion causée par les fortes pluies ou vents.
  • Association des cultures : combinaison intelligente entre des plantes principales et des plantes de couverture qui apportent des bénéfices au système global (azote, biomasse, gestion des ravageurs).

Une révolution face aux limites des pratiques agricoles traditionnelles

Depuis des décennies, l’agriculture industrielle repose en grande partie sur le labour, souvent considéré comme une étape clé du cycle culturel. Pourtant, les recherches montrent que cette pratique intense fragilise les sols à long terme. Le labour détruit la vie microbienne des sols, modifie leur structure et, surtout, contribue fortement à la dégradation organique. En France, par exemple, on estime que chaque année plus de 25 millions de tonnes de terre arable sont perdues à cause de l’érosion (source : INRAE).

Le semis direct sous couvert répond à ces problématiques de manière directe :

  • Prévention de l’érosion : le couvert végétal protège les sols contre les intempéries.
  • Capture du carbone : en limitant le retournement des sols, moins de CO2 stocké dans la matière organique est libéré dans l’atmosphère.
  • Restauration de la biodiversité : les racines des plantes de couverture favorisent la faune et la flore du sol, des lombrics aux bactéries symbiotiques.

Des bénéfices écologiques, mais aussi économiques

Au-delà des avantages environnementaux, appliquer le semis direct sous couvert peut être aussi bénéfique pour la rentabilité des exploitations agricoles.

1. Moins de travail mécanique, moins de frais

En supprimant le labour, les besoins en carburant diminuent jusqu’à 50 %, car les tracteurs fonctionnent moins contre la résistance du sol. Moins d’interventions mécaniques signifient également une usure réduite des machines.

Par ailleurs, selon des études conduites par le réseau GECO (Réseau agriculture de conservation des sols), le coût annuel des intrants peut baisser de 10 à 30 % grâce à une meilleure gestion des ressources naturelles apportée par le SDCS.

2. Amélioration des rendements agronomiques

Un sol vivant est un sol fertile. Avec des pratiques de couverture, la capacité de rétention d’eau augmente de manière significative grâce à la préservation de la structure pédologique. Cela est particulièrement décisif dans un climat où les épisodes de sécheresse deviennent de plus en plus fréquents.

De plus, les plantes de couverture, notamment les légumineuses, enrichissent naturellement le sol en azote, réduisant ainsi le besoin en engrais chimiques. Par exemple, semer des pois d’hiver ou de la vesce peut fournir entre 30 et 50 kg d’azote/ha à la culture suivante.

Les défis du semis direct sous couvert

Malgré ses nombreux bénéfices, cette méthode n’est pas sans difficultés et ne convient pas nécessairement dans toutes les situations sans un accompagnement adéquat.

1. Une technicité accrue

Adopter le SDCS nécessite de réels changements dans les pratiques agricoles. Bien choisir ses couverts végétaux, intégrer des rotations adaptées ou encore comprendre les interactions complexes entre sols, plantes et ravageurs sont des étapes sensibles. Ce savoir-faire ne s’acquiert pas en un jour.

2. Investissements initiaux

Le passage au semis direct demande souvent l’acquisition d’un semoir spécifique, pouvant représenter un coût élevé pour les agriculteurs. Cependant, cet investissement est rapidement amorti grâce aux économies réalisées sur le long terme, notamment sur les intrants chimiques et les combustibles.

3. Résistance au changement

Pour de nombreux agriculteurs, le labour est une pratique ancrée dans les mentalités. Réussir la transition vers le SDCS demande un accompagnement technique, mais aussi une sensibilisation sur les bénéfices réels de cette pratique. À cet égard, certaines initiatives, comme celles du réseau d’agriculteurs des "Ferme DEPHY" en France, jouent un rôle clé pour démontrer la viabilité de cette approche sur le terrain.

L’agroforesterie et le semis direct : une alliance prometteuse

L’intégration du semis direct sous couvert dans des systèmes agroforestiers constitue une étape encore plus ambitieuse mais riche en perspectives. Les arbres jouent un rôle essentiel en fournissant une ombre protectrice contre les fortes chaleurs, en régulant les cycles hydriques et en enrichissant le sol via leurs racines profondes.

Dans ma ferme en Dordogne, j’ai expérimenté une alternance de rangées d’arbres (noyers et cerisiers) avec des cultures céréalières en SDCS combinées à des couverts végétaux hivernaux. Les résultats sont encourageants : des sols plus riches en matière organique, une faune souterraine dynamique et des cultures qui résistent mieux aux stress hydriques.

Vers une agriculture plus harmonieuse avec la nature

Le semis direct sous couvert est avant tout une philosophie : celle d’apprendre à travailler avec les écosystèmes plutôt que de les contraindre. Il ne s’adresse pas uniquement aux grandes exploitations mais peut également intéresser des maraîchers ou des agriculteurs de petite taille qui souhaitent préserver leur terroir tout en restant productifs.

Dans un monde où les solutions agricoles doivent évoluer pour répondre à des besoins de plus en plus pressants, le SDCS s’impose comme un outil puissant pour rebâtir une relation saine entre l’homme, les sols et la nature. En combinant cette méthode à des approches comme l’agroforesterie, nous pouvons construire des systèmes résilients face aux aléas climatiques et durables sur plusieurs générations.

Et vous, seriez-vous prêt à vous tourner vers ces pratiques pour contribuer à un futur agricole plus prometteur ?

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